Retour à l'acceuil du CMP Lien vers la page contact
Les actions pédagogiques du CMP Les publications du CMP L'actualité du centre, les expositions, les colloques... Fiche d'identité du Centre, partenaires, contact...
Les créations photographiques
Photographes

1994


Jens  Rötzsch
Thibaut Cuisset
Jellel  Gasteli
Mimmo Jodice

1996


Bruno  Debon
Walter  Niedermayr
André  Mérian
Antonio  Biasiucci
Marie-Eva  Poggi

1997


Albano  Silva Pereira
J.François  Baumard
Paulo Nozolino
Laurent  Van der Stockt

1998


Nadia  Benchallal
Alain  Fleischer
Suzanne Doppelt
Dolorès  Marat

2000


Massimo Vitali

2002


Joan Foncuberta

2004


Valérie Belin

2005


Jean-François Joly
Paulo Nozolino

2006


Stéphane Couturier

2008


Georges Rousse

Don


Ange Tomasi



Précédent <--- Voir le Photographe ---> Suivant

 
Joan Foncuberta -
Mazzeri

Commande Régionale  2002
Collection du Centre Méditerranéen de la Photographie
 

30 photographies, de format 40 x 60 cm, procédé numérique, encre acrylique sur papier aquarelle, cadres bois, teinte châtaignier.
33 diapositives projetées en continu sur une peau de sanglier.
1 livre-œuvre, tirage limité à 700 exemplaires.
n°inv. CMP : 356 à 386


www.fontcuberta.com

Joan Fontcuberta est né le 24 février 1955 à Barcelone, où il habite et travaille.
Après des études en communication à l’Université Autonome de Barcelone de 1972 à 1977, il travaille dans la publicité et le journalisme, et enseigne à l’université des Beaux-Arts. Depuis 1974, il se consacre aux arts visuels, développant son travail créatif, une réflexion critique et théorique, ainsi que diverses activités telles que commissaire d’exposition.
En 1980, il est co-fondateur et rédacteur en chef de Photovision, une publication internationale, dédiée à la photographie et aux arts visuels. En 1980 il est membre fondateur du Département de photographie à la faculté des Beaux-Arts de Barcelone et en 1982 de la biennale nommée «Le Printemps Photographique». À plusieurs reprises il est nommé commissaire d’exposition sur l’histoire de la photographie espagnole, par exemple : «Idas et Chaos. Les tendances de la photographie espagnole, 1920-1945» ou «Création Photographique en Espagne 1968-1988».

En 1986, il quitte son poste à l’université (1979-1986) pour se consacrer entièrement à ses projets créatifs, son travail personnel et ses écrits théoriques. En 1990, il est professeur invité et artiste en résidence à l’Art Institute de Chicago. Dès 1993, il devient intervenant régulier à l’Université Pompeu Fabra de Barcelone.
En 1996, il est directeur artistique des rencontres Internationales de la Photographie en Arles.
Actuellement il enseigne à la Faculté de Communication audiovisuelle, à l’Université Pompeu Fabra, et donne des séminaires à l’école des Arts et Design de Vevey (Suisse). En 2003, il a été nommé intervenant dans le Département d’études Visuelles & Environnementales à l’Université de Harvard.

Ses deux activités, artistique et théorique, sont centrées sur le résultat de la représentation, la connaissance, la mémoire, la véracité, l’ambiguïté et le trompe-l’œil, explorant le documentaire et la dimension narrative dans l’image photographique ayant rapport aux médias.
Parmi ses différents travaux quelques livres marquants :
"Herbarium" (1985), "Fauna" (1988) et "Sputnik" (1997).
En 1992, le musée I.V.A.M. réalise la plus grande publication jamais parue sur son travail, Histoire Artificielle (Historia Artificial). Il est auteur et éditeur d’une douzaine de livres traitants de l’aspect historique, esthétique et pédagogique de la photographie.

Tout au long de sa carrière, Joan Fontcuberta a reçu plusieurs distinctions, comme la médaille David Octavious Hill, décernées en 1988 par la Fotografisches Akademie GDL en Allemagne. En 1994 il est nommé Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres par le Ministère de la Culture en France. En 1998, il est lauréat du Prix national de la Photographie, décerné par le Ministère de la Culture en Espagne.


Au-delà des questions anthropologiques susceptibles de nous aider à établir leur origine et leur signification dans l’âme collective des Corses, les mazzeri nous permettent de continuer à garder la réalité comme hypothèse. Dans le théâtre de la tradition et de l’histoire, ils jouent le rôle de messagers de la mort et ils sont les héritiers d’une technique de prédiction archaïque qui semble remonter à une époque préhistorique reculée. Mais comment distinguer la vérité réelle de la vérité rêvée ? Pour le scientifique barcelonais Jorge Wagensberg, “ce qui est naturel, c’est le réel connu et le surnaturel, c’est le réel inconnu. Le naturel est l’œuvre de Dieu, l’artificiel, l’œuvre de l’homme, et le surnaturel, l’artificiel de Dieu”.

Tous ces plans se superposent en ce qui concerne les mazzeri. Les aspects magiques et religieux s’allient à la quotidienneté immédiate, sans doute parce que le mazzeru est l’indice de la survivance de mythes ancestraux, mais il exprime aussi le besoin de communication avec l’arcane. Les mazzeri appartiennent à une forme de culture populaire transmise de génération en génération, qui est aujourd’hui menacée par la mémoire unidimensionnelle des mass medias et par une globalisation imparable. Sans ces valeurs de la tradition, nous risquons de devenir des êtres en errance et sans certitudes. Nous souffrons de la maladie du doute cynique, autrefois salutaire, aujourd’hui devenue une forme assez confortable de non engagement.

L’appareil photographique est pour moi un outil comme il en est peu, pour penser la réalité dans ses multiples champs. Deux forces convergent dans mon travail : l’une qui va vers une tension de l’espace entre la réalité et la fiction ; l’autre vers l’exploration du territoire qui s’étend entre la description et la narration. J’ai tendance à considérer mes projets comme un texte, un récit. Ma proposition pour les mazzeri, consiste en un enchaînement d’images qui tracent un parcours à travers leur univers physique et spirituel. Il n’y a pas de véritable argument. Certaines de ces images sont des clichés spontanés, des réactions à une lumière, à un lieu ou à une situation, des réponses à la puissance du paysage, à sa force tellurique, au poids de l’histoire, à la fierté de ses gens... D’autres sont plus élaborées et construites, et elles nous renvoient, comme des flash-backs, aux aspects magiques des mazzeri. Il n’y a en fait pas d’autre fil conducteur que les va-et-vient subtils de la structure narrative, tout comme il n’y a pas d’autre volonté de style qu’une mise en jeu du dispositif d’une vision méditative afin de traduire mon expérience corse et de faire se réaliser dans chaque image un échange de matière et d’esprit. Il se peut que le résultat soit une photographie qui laisse parler le silence, même si c’est un silence déchirant. Un silence qui ne dévoile pas mais qui suggère. Un silence qui garde le secret mais fait comprendre. 
Si l’archéologie sert de poétique qui attribue des significations et enrichit le patrimoine de notre sensibilité et de notre connaissance, transformer les mazzeri en objet pour une archéologie photographique peut aider à réinterpréter leur contenu symbolique et favoriser une nouvelle façon de les faire apparaître à notre conscience. Tel est l’un de nos objectifs dans le présent travail. L’autre pourrait être de chercher le dialogue de l’image avec son anagramme, la magie - en espagnol, l’anagramme d’“image” est “énigme” -, comme constat du fait que ce qu’il y a de plus certain au monde, c’est que le monde est incertain. 


Joan Fontcuberta
Traduit de l’espagnol par Béatrice Castoriano


Lire le texte de l'auteur